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Notes
En souvenir de ma rencontre avec le créateur parisien C.A.
Paris, le 13 mai 2007
C.A. bouche entr’ouverte, muscles faciaux relâchés, tête droite, bras en position latérale, paumes tournées vers le ciel. Ventre rentré, torse droit, jambes jointes. Face à lui, la fenêtre, large, allant jusqu’au plafond, les lames des volets où le lierre s’est frayé un chemin, la galerie fermée qui fait le tour de la cour intérieure, trouée de petites vitres en vitrail bordé de plomb.
S.I. dans sa posture de base : poids du corps sur la jambe droite, hanche tournée vers la droite, pied gauche en avant. Bras gauche plié au coude plaqué latéralement, paume d’appui tournée vers le ciel à hauteur du menton. Bras droit plié aussi, avant-bras levé au-dessus de la tête, paume tournée vers le sol, à hauteur du front. Muscles zygomatiques tirant la commissure des lèvres vers le haut et sur le côté, paupières froncées, bouche fermée. Devant lui, sur une table, des membres arrachés à des mannequins en bois peint, des éponges de mer, d’étranges insectes hybrides sous-verre. Derrière la table, C.A. Sur les murs, des monstres ailés et griffus à tête de poisson jaillissent de miroirs convexes. Un peu partout dans la pièce, des vitrines perchées sur des piédestals blancs. Derrière les vitres sont alignées des têtes en toile brodée de coquillages, d’escargots et de fragments de mannequins en bois.
C.A. visage éclairé par une lueur diffuse qui en accentue les traits. Un rectangle carré aux contours précis étincelle dans ses prunelles. Pendant qu’il parle, ne cesse de faire tourner ses bras autour des articulations : paumes vers l’arrière, petit doigt vers le haut, bras tendu (1), paumes tournées vers le ciel, bras tendu (2).
« Si un jour tu vas à Londres, tu dois absolument trouver le temps d’aller voir la chasse aux lions du roi de Ninive sculptée dans l’albâtre. Tu y découvriras la représentation incontestable et bouleversante d’une mise à mort (1). Des lions bondissants, à l’élan brisé par des lances, qui vomissent du sang, cadavres exhalant la souffrance, corps écartelés sur lesquels s’acharnent des chiens (2). »
S.I. pouce et index de sa main droite dessinent un arc de cercle, son coude se lève.
C.A. le muscle sterno-cleïdo-mastoïdien fait pencher sa tête se tournant vers S.I.:
« Et bien entendu, tu verras aussi les capes frangées, l’enchevêtrement des nattes et des barbes stylisées (1) de ce peuple belliqueux, enfermé dans la rigueur austère des visages et dont le regard ne cille jamais …
S.I. penche légèrement son torse vers l’arrière, le muscle de son épaule droite se tend.
… Observe bien ces physionomies. Si tu y trouvais quelque chose d’inhabituel, n’oublie pas de m’en parler. Ce que tu en penses m’intéresse (2). »
S.I. ses bras se détendent, le poing gauche se serre, les muscles temporaux, masseter hauts et bas, carrés et frontaux se tendent.
C.A. détourne le regard (1), redresse légèrement le menton et continue, les paupières closes :
« On dit que c’est une parabole : le combat de la compétence, du devoir, de la sollicitude et de la constance contre la rébellion, l’entêtement et le chaos (2). »
S.I. les muscles temporaux, masseter et orbiculaires de la bouche se relâchent, les lèvres s’entr’ouvrent, les mâchoires se desserrent lentement. Puis le travail conjugué des puissants orbiculaires et la tension soudaine des muscles sterno-cleïdo-mastoïdiens permettent à son regard de suivre l’envol d’un pigeon le long de la rangée de fenêtres.
C.A. « On dit aussi que la représentation réaliste de la mort de ces fauves faisait rire les gens de leur époque (1). »
Une lumière dorée commence à caresser son visage à travers les bulles et la trame du verre soufflé.
S.I. reprend immédiatement sa posture de base, son bras droit exerce de vifs mouvements à partir du coude, les muscles faciaux tendus frémissent et les deux dernières phalanges de l’index de sa main droite se plient.
C.A. ses yeux s’ouvrent lentement, sa tête se penche légèrement vers l’arrière (2) puis, haussant le ton, il annonce solennellement :
« Assurbanipal ! »
S.I. répond avec une intonation descendante :
« Assur-bán-apli. »
et il retient son souffle.
Illés Sarkantyu (in Fotóművészet 2/2007)
Remerciements à Catherine Fay
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© 2006, Christian Astuguevieille – Illés Sarkantyu
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